Journal d'un Terrien

Journal d’un Terrien #2 : Destination nulle part.

Aujourd’hui m’est venue une réflexion à propos de la volonté et de l’espoir. À la racine se trouvait une pensée, ou plutôt une observation : la destination crée l’exiguïté du monde. Sa conséquence la plus évidente est celle de flanquer une finalité au processus de cheminement. Quand l’appât est placé il semble d’abord donner du sens, puis il donne un sens, unique ; un axe rectiligne solidement enchâssé dans l’esprit.

  — Aller droit au but —, c’est bien de cela dont il s’agit… Prenez le propre du but, rapportez-le à l’échelle de toute une vie et voici le ticket perdant qui octroie un allé simple jusqu’au terminus. Il faut dérailler pour trouver l’immensité. La destination rétrécit le paysage de l’existence car elle induit les chemins les plus rapides et les passages les plus sécurisants, les moins audacieux. Pire ! Elle nous pousse à la culpabilité lorsqu’on se sent trop lent, et nous laisse occasionnellement un vide une fois dépassée.

  La seule véritable destination c’est le chemin, le ici et maintenant. Cette sagesse est un fondement si important qu’elle transparait au travers de nombreuses œuvres artistiques, comme infusée dans la pensée collective. Pourtant elle cache une nuance trop souvent oubliée à mon sens : celle de la volonté et de l’espoir.



  L’espoir est un mot qui inspire à peine a-t-il été fini d’être lu. Mais il constitue aussi l’exemple parfait du concept de la dualité. On espère donc on fixe un but à atteindre, un résultat précis, quel qu’en soit la nature. Si le résultat est satisfaisant on se sent comblé. À l’inverse, si l’on manque notre cible on se sent déçu, voire dépité. L’espoir repose sur une intention d’attente, c’est le plus haut sommet de la vague et également son creux le plus bas.

  Il est des choses qui transcendent cette mécanique de cause à effet, qui surpassent cette loi du retour qui veut que chaque pôle attire à lui son opposé. Si le rire est le contraire des pleurs, le sourire lui n’a pas de contraire. Si la joie est l’inverse de la tristesse, l’Amour lui n’a pas d’inverse. Si l’espoir s’achève sur le contentement ou la déception, la volonté elle n’a pas de fin.

  L’espoir engendre l’attente, la volonté la foi. La volonté n’a ni contrôle ni destination, seulement une direction. Elle se suffit à elle-même car elle est l’aboutissement parfait du divin de chaque être. Nous créons, nous choisissons, nous voulons. Chacun est une ouverture unique sur la source originelle, une ouverture qui appelle à elle sa propre direction, unique aussi, et qui n’a d’autre raison que d’exister. Alors régulièrement je prend le temps de chérir ma direction, d’oublier un peu l’illusion de la destination, et de me dé-espérer. Pas me désespérer, mais m’extirper du jeu de l’espoir qui attend un aboutissement sur lequel je n’ai aucun contrôle.

 

  En conclusion — ou en trajet — me vient à l’esprit cette citation de Gandhi :

« Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses. »


  Écrit depuis la Terre, au détour d’un chemin sans destination.

Cimee ~

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